logo
« Je veux des images romantiques et émouvantes où on se dit que ce n'est pas juste une histoire de fesses : c'est une histoire.»

08 mars 2016

Sarah de Vicomte, figure de l’éroticoporno-féminisme

Réalisatrice de porno féministe, lesbienne, révoltée : Sarah de Vicomte est tout ça à la fois. Parce que pour elle le sexe mérite d’être bien traité et ne se résume pas à la domination de l'homme, elle réalise des courts-métrages érotiques qui montre le sexe, le vrai.

Ecoutez l'article raconté par Axelle Cauchon, élève-comédienne de théâtre.

Parce qu'entendre une histoire est plus intense pour certains que la lire, "XXIe Sexe" propose une version audio de chaque récit. Ils sont lus par des comédiens en formation en écoles de théâtre, dont la Comédie-Française.

Elles sont trois dans la pièce. Deux actrices commencent à s'embrasser et se caresser. Et font l'amour. Derrière la caméra, Sarah de Vicomte est à la fois euphorique et concentrée. Puis, les deux femmes nues se mettent à chanter Ne me quitte pas de Jacques Brel. « Ce moment était si beau que j'ai eu envie de pleurer », raconte Sarah. Le premier tournage de la réalisatrice de porno féministe s’est ainsi déroulé, au coeur d’un appartement parisien.

A 29 ans, elle dit faire partie de cette génération sans vocation, mais qui veut faire mille choses dans sa vie. Le gros projet du moment est une série de films courts. Pour le premier, Sarah confie : « J'ai l'impression de faire exactement la chose qu'il fallait que je fasse, que j'embrassais l'un de mes rêves ».

Lesbienne, elle n'est pourtant pas excitée par ses réalisations. Sarah veut faire du porno qui ressemble au « sexe dans la réalité ». Elle explique : « je veux des images romantiques et émouvantes où on se dit que ce n'est pas juste une histoire de fesses : c'est une histoire.» Sortir des stéréotypes des pornos mainstream est son leitmotiv. « Je voulais montrer la limite entre l'érotisme et le porno ».

République Filles du Calvaire, disponible en accès payant sur la plateforme Vimeo,  n'est que la première création de sa nouvelle carrière. Toutes les idées sont dans la tête de la réalisatrice, cachée sous sa longue chevelure rousse en bataille. Histoires entre lesbiennes, gays ou hétérosexuels : elle veut casser l'idée que le porno est réservé à un certain type de personnes. « Aujourd'hui, tout le monde, ou presque, en regarde ! » Seulement, le deuxième court-métrage tarde à venir. Depuis toujours, son cerveau bouillonne et sa tête est en pagaille. Elle rencontre des difficultés à mettre le prochain sur papier. Sarah dévoile seulement qu'il s'agit d'une rupture. Une rupture qui se finit en scène de sexe.



Sauvée par la masturbation infantile


« Par souci de réalité », Sarah propose à ses actrices de faire « ce qu’elle veulent ». Elle se dit non autoritaire et veut, selon elle, privilégier le naturel et l’émotion. Sa consommation de porno n’est pas romantique : elle aime le surjoué, le gras, le violent. Seules les mises en scène de viols et de gang bang l'excitent. Les pornos commencent par une scène où la femme fait part d'une envie : simuler son viol par un inconnu. Un peu comme le fantasme de l’infirmière ou du pompier.

Elle a commencé vers l'âge de 16 ans à regarder les films érotiques sur RTL9. Puis Internet est arrivé, et lui a ouvert toutes les portes. Un porno par semaine, c'est un minimum. Maintenant, elle se masturbe devant ces films surtout quand elle a « la flemme » de faire travailler son imagination.


Sa sexualité débute lors de son enfance, dix ans auparavant. « J'ai commencé à me toucher à l'âge de six ou sept ans », annonce-t-elle. « Grâce à ma famille, j'ai toujours su que ce que je faisais n'était pas mal ». Avec son père, elle regarde des films qui ne sont pas de son âge. Dans l'un d'eux, une mère surprend sa fille en train de se toucher aux toilettes. Elle la sermonne. Sarah a huit ans. Elle regarde son père, dubitative. Il lui explique que certaines personnes sont moins ouvertes quant aux moeurs sexuelles.

A 11 ans, elle lit déjà des bouquins sur la masturbation, comme le rapport Hite, que sa mère a laissé traîner sur la table du salon. Cette étude sur la masturbation des femmes de 7 à 77 ans est une révélation : l'acte sexuel est sublime.

Sarah est une exploratrice. « J'ai toujours mis des objets de toute sorte dans mon corps ». Toute jeune, quand la journée elle plaçait des cailloux dans ses oreilles et son nez, le soir elle insère des petits feutres, stérilisé au savon de Marseille, dans son vagin.


Capture d'écran de République/Filles du Calvaire


L’héritage soixante-huitard très libéré

Sans mettre de mots sur son ressenti, Sarah se rend vite compte qu'elle est attirée par les filles. Elle tombe amoureuse de sa professeure d'histoire-géographie de troisième. Puis, s'en suit une longue série de coups de cœur pour ses enseignantes. « Je me rassurais en me disant que c'était simplement un fantasme sur mes profs », confie-t-elle. Elle teste aussi les garçons. Animatrice de colonie de vacances, elle va jusqu'à des préliminaires poussés avec le fils du directeur pendant un bivouac. « Le lendemain, j'étais malade. Comme si mon corps voulait me dire quelque chose ».

Elle fait son coming-out à ses 21 ans, alors qu’elle est au Canada. Elle qui a grandi à Nîmes, ville qu'elle qualifie de « raciste et homophobe, avec 25 % de votes Front national ». Elle annonce à sa famille, qui est à 5 000 kilomètres, qu'elle est tombée amoureuse d'une femme. Sans réciprocité. Puis, elle confie qu'elle est bisexuelle, avant d’assumer définitivement. Sarah est lesbienne. Elle ne couchera avec une fille pour la première fois qu’à son retour en France.

Père rebelle issu de la bourgeoisie, mère du milieu ouvrier : la jeune femme a des parents soixante-huitards, très ouverts sexuellement, surtout au début de leur relation. A cela s’ajoute sa sœur bisexuelle. Avoir une famille ouverte a aidé la jeune réalisatrice. Elle a donné à Sarah son goût pour les images. Elle est émue de filmer des corps qui fusionnent pour un instant. Elle est émue de créer ses propres images, elle qui a été baignée dans le cinéma depuis toute petite. « A 10 ans, j'avais vu tous les films de la nouvelle vague », assure-t-elle. Mais l’oeuvre qui l'a le plus marquée est Eyes Wide Shut, le dernier film de Stanley Kubrick (1999), à la fois mystérieux et érotique.

Polyamour et pilosité


Tout la mène vers la sexualité. Avant même les courts-métrages, le journalisme. Sarah écrit depuis trois ans pour Barbiturix, un site Internet et collectif destinés à la culture lesbienne et féminine. La jeune femme est en colère. Les cours de biologie du collège et lycée n'ont aucun sens. A aucun moment, la sexualité n’y est abordée. Puis, le choc. Elle voit un reportage où des femmes âgées livrent qu'elles ont découvert récemment leur clitoris, et le plaisir qu'il pouvait leur procurer. Sarah écrit un article dans son blog du moment sur cet organe. Elle s’insurge : « On ne peut pas découvrir tout le bien que notre corps peut nous procurer à plus de 60 ans ! » Sarah est alors en master d'anglais à l'université Paris 3. Une amie de sa fac, qui dans une association féministe, la recommande auprès de Barbiturix.

Parmi ses dits blogs, il y a Empornment. On y trouve surtout des photographies de Sarah, nue. La jeune femme, pétillante et volubile, n'a alors pas confiance en elle. Elle déteste son corps. « Je l'acceptais seulement parce que je me disais qu'il pouvait être excitant, ne serait-ce que pour moi-même. » Elle connait de longues années de troubles alimentaires, de l'anorexie à l'adolescence, à la boulimie à la fin de ses études. La fin de ses études, c'est aussi le moment où elle assume son homosexualité.

Alors, elle pose nue sur Internet. D'abord pour qu'on lui dise qu'elle est belle. Ensuite, pour se trouver elle-même. Depuis, elle est devenue végane. « Je ne pouvais plus mettre de cadavres dans mon corps ». Elle a perdu 10 kilos, et de longues et fines jambes élancent sa silhouette. « Toujours avec des fesses plates », tient-elle à préciser. Surtout, elle n'a plus aucun souci avec son alimentation.

Autre grande décision : elle ne s’épile plus depuis deux ans. Sarah se sent mieux dans sa peau. Sa copine n’y voit aucun inconvénient. « Je n’accepterai pas, ou plutôt plus, que ma copine me dicte ce que je dois faire ».


Capture d'écran de République/Filles du Calvaire

Un enfant, son enfant


Laisser libre court à ses poils lui ressemble tellement. D’ailleurs, dans République Filles du Calvaire, les actrices en ont également sous les aisselles et sur le sexe.

Finalement, le seul élément factice chez elle, c’est son nom. Sarah de Vicomte n'est qu'un pseudonyme. Un soir d'hiver enneigé, à ses 25 ans, elle entre par effraction dans le jardin du château Vaux de Vicomte. L'adrénaline de l'interdit et le scintillement de la lumière de la lune sur la neige rendent cet instant idyllique. Le choix de son pseudo est tout trouvé.

Celui-ci permet de ne rien trouver sur elle quand on tape son nom réel sur Internet. « Je ne sais pas ce que je ferai dans quelques années, et je n'ai pas envie qu'on m'associe toute ma vie au porno », assure la jeune femme. En ce moment par exemple, elle garde deux petites filles, qu’elle aime prendre en photographie. « Porno, enfants : un amalgame avec la pédophilie est vite fait! », lâche-t-elle.

D’ailleurs, le baby-sitting est devenu bien plus qu’un job pour payer son loyer. Il y a plus d’un an, l’une de ses actrices lui confie qu’elle veut un bébé. « Pourquoi ? » lui demande Sarah. « Parce que je peux », répond-t-elle alors. Bouleversée par cette simple phrase, l’envie d’un enfant nourrit Sarah. Jusque là terrifiée par la douleur de l’accouchement et l’idée d’être enceinte, la réalisatrice lâche aujourd’hui : « Je pense que je serai une bonne mère ». En tout cas, une mère qui parlera à son enfant de la sexualité, et sans tabou. 


@Clémentine Billé


Facebook

Twitter

Candice Solère

Un superbe article aussitôt relayé sur mon blog, bravo et quel chouette nouveau projet !


Commenter 1 Partager

commentaires recents


derniers tweets


A vos témoignages


Vous avez aimé XXIe SEXE et vous souhaitez partager votre histoire?

Venez la raconter en déposant votre témoignage en cliquant ici