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« Certaines clientes me disent qu’elles ont découvert l’orgasme, qu’elles n’auraient jamais pensé pouvoir ressentir autant de sensations. »

08 mars 2016

Ebéniste, pour vous servir...en orgasmes

Paul crée des jouets sexuels. Mais pas n’importe lesquels. Les siens sont en bois. Avec le soutien d’un sexologue, ce menuisier plonge les amateurs dans un univers de fantasmes et de désirs.
Ecoutez l'article raconté par Hugues Duchêne, élève-comédien de la Comédie Française

Parce qu'entendre une histoire est plus intense pour certains que la lire, "XXIe Sexe" propose une version audio de chaque récit. Ils sont lus par des comédiens en formation en écoles de théâtre, dont la Comédie-Française.


« Papa, c’est quoi là, sur les étagères ? » Voici la question qu’a posée un soir Charlotte, huit ans, à Paul. Elle ne sait pas ce que fait son père. Nous sommes dans un atelier qui ressemble à tous les autres. Il est encombré de quelques machines, plein de sciure, de planches de bois brutes. La lumière des néons rend le tout blafard. Paul est créateur de sextoys haut de gamme en bois.

Il vend 30 à 60 petits objets par mois. Environ 100 euros l’unité. Alors que l’utilisation des jouets en silicone se démocratise, lui veut revenir aux fondamentaux : « je pense qu’il y a un marché à prendre sur le non vibrant », souffle-t-il.

Chemise impeccablement repassée, pantalon droit, chaussures cirées : Paul a un style classique. Cet homme de 45 ans ressemble davantage à un banquier qu’à un créateur d’instruments de plaisir et encore moins à un menuisier. Avec cette nouvelle activité, il est passé d’artisan à artiste doublé d'un homme d'affaire.

Artiste parce que ce ne sont pas simplement des objets de volupté. Ils brillent, ils sont doux au toucher. Quelques heures auparavant, ce n’était que des morceaux de bois. L’ébéniste les a sciés, il les a rabotés, puis polis et vernis. Voilà que désormais, ils sont non seulement agréables à regarder, mais aussi source de désir.

Sa femme, sa muse


Les sextoys, Paul y pense depuis toujours. Son aspect réservé peut duper au premier abord. Il parle d’une voix feutrée, ses rires sont silencieux. Mais il n’est pas juste cet homme qui voûte ses épaules lorsqu’il parcourt Angoulême et ses environs, région qu’il n’a jamais quittée. C'est un espiègle avec une imagination débordante.

Sa femme est sa première muse. Pourtant, elle était loin d’être une adepte de jouets sexuels. « Il m’est arrivé d’en offrir à Sylvie, mais elle me les jetait à la figure », assure-t-il, mi-amusé, mi-déçu. Selon elle, elle n’est pas faite pour ce genre de pratique. Ils sont heureux en ménage, leur vie sexuelle reste classique. Elle est la seule femme avec qui son mari a fait l’amour. Puis, à force d’écouter Paul parler d’Idée du désir, à force de découvrir les nouveaux objets, elle s ’est laissée tenter. Aujourd’hui, Paul raconte : « Parfois, quand je vais me coucher, je retrouve des sextoys dans notre lit ». Il en est fier.

Lui préfère les objets à deux. Le cockring notamment. L’homme met sa verge et les testicules dans cet anneau pénien pour une érection plus intense, et plus longue. « La femme n’en est que plus comblée, et l’orgasme de l’homme est beaucoup plus fort ! », soutient-il. Son regard est plein de malice. Il aime aussi décrire la finesse de ses objets. L’ébéniste a le sens du détail. Son cockring est par exemple peint en noir, de la poudre d’or dispersée sur tout le cercle.

Un gode en chêne pour le premier orgasme


Sur les étagères de son bureau quelques curiosités sont parsemées ici et là. Son premier succès, L'Orchidée, trône. Une belle courbe qui prend la forme d’un phallus, avec un gland de bois strié. C’est son ami et conseiller sexologue, Daniel Habold, qui lui a indiqué la forme de la courbe la plus adaptée. Il travaille avec lui pour chaque création. L’angle est désormais parfait pour procurer un plaisir intense et atteindre le point G.

L’Orchidée est un godemichet. « On s’étonne à le trouver beau, n’est-ce pas ? », lâche le créateur. Il dit d’ailleurs à sa fille que ce sont des objets de décoration. Même un adulte s’y tromperait.

Au début, l’artisan trouve gênante l’idée de donner jouissance et désir à une autre femme que la sienne. Puis, l’idée est devenue fantasmatique. Il imagine alors tout ce qu’il peut créer. Il en rêve la nuit. Maintenant qu’il a plus de recul, l’ébéniste n’éprouve qu’une grande fierté. « Certaines clientes, qui n’avaient jamais vraiment éprouvées de plaisir avec un homme, me disent qu’elles ont découvert l’orgasme, qu’elles n’auraient jamais pensé pouvoir ressentir autant de sensations. » Souvent, elles commencent par acheter l’Orchidée. Puis, elle commande le Sabot de Vénus, avant de se laisser tenter, pour certaines, par la série des plugs anaux.


Paul prépare le Papillon

Paul et le défi de faire jouir un homme

A chaque idée, il imagine quelle jouissance le jouet procurera à une femme. Le Papillon par exemple. Difficile de savoir dans quel sens le prendre. L’Angoumoisin expose toute la subtilité de l’objet : « L’œuf, se met dans le vagin, pendant que la plus longue branche va titiller son clitoris, et la petite vient frotter l’anus. »


L’œuf est à lui seul un jouet. Formé de deux coques de bois, on l’insère dans le vagin, et la bille d’acier qu’il contient va provoquer des vibrations, source de plaisir. De plaisir oui, mais pas forcément d’orgasme. « Plusieurs femmes m’ont assuré qu’elles aimaient aller faire leurs courses, ou même passer l’aspirateur avec le sextoy dans le vagin. »

L’exercice s’avère beaucoup plus ardu pour les sextoys masculins. « Je ne peux pas imaginer faire du bien à un homme », confie l’ébéniste. Dans tous les cas, toutes ses créations sont testées par des bloggeurs aguerris en matière se sexe, qui lui rendent un avis. Paul en a essayé un seul. C’est un stimulateur de prostate. « Je dois avouer qu’il m’a fait planer plusieurs heures après, mais de manière générale, ce n’est pas trop mon truc ».

Le sexologue, assurance fiabilité


Pour l’épauler, il y a toujours le sexologue Daniel Habold. Ce Savoyard est émerveillé par toutes les nouveautés dans le domaine. C’est pourquoi il a contacté par mail, il y a un an, le fondateur d’Idée du désir après être tombé sur son site. Comme pour l’Orchidée, il guide Paul pour que les formes des objets soient les plus efficaces possibles. « A chaque fois que j’ai une idée farfelue, commence l’expert, il peut me proposer une esquisse le soir même. » Pour le sexologue, Paul n’est pas seulement ébéniste. Il est artiste.

Daniel Habold lui a d’ailleurs soufflé l’idée de ne pas s’intéresser qu’au plaisir. D’autres sextoys de sa gamme ont des vertus médicales. Le Sésame est ainsi une série de bâtons, aux bouts arrondis plus ou moins épais. « De cinq à 35 millimètres », précise Paul. Cinq millimètres, c’est à peu près le diamètre d’un crayon. Il aide certaines femmes, qui, après un accouchement douloureux par exemple, ne peuvent plus rien introduire dans leur vagin. Certaines patientes confiaient au sexologue que leur dilatateur (nom commun du Sésame), ne leur convenait pas et qu’elles ne l’utilisaient pas. Il leur a proposé l’objet de Paul. « Le bois est ce qu’il leur fallait, explique-t-il, elles ont pu renouer avec leur vie sexuelle. »


Les prouesses médicales : voici ce que le menuisier a mis en avant devant ses parents. « J’ai tout expliqué à ma mère il y a peu, j’avais besoin de lui en parler ». Il explique quelle utilité peuvent avoir ses créations pour des femmes qui ont besoin de rééducation génitale. Paul ne peut pas dévoiler ses talents à toute sa famille. « Nous sommes quatre frères et sœurs, mais je ne sens pas ma sœur aînée, à 62 ans, prête à comprendre mon activité. » Il est sûr d’une chose : s’il lui en parle un jour, il mettra, comme pour sa mère, le côté financier en avant. Paul a échappé de justesse à la faillite.



L'Adam est le sextoy pour homme d'Idée du désir

Anonyme, dans l’ombre des fantasmes

L’artisan ne s’est pas réveillé un matin en se disant qu’il allait changer de voie. Il construisait des cuisines. Il les imaginait, les façonnait même. Et puis l’entreprise a sombré, les huissiers sont arrivés. Mais l’ébéniste ne pouvait pas renoncer à sa passion : le bois.

En 2008, il licencie ses trois ouvriers. Six ans après, il ne s’en sort toujours pas. Les clients râlent dès qu’une coulure de vernis déprécie une porte de placard. Paul se démotive, et voit les dettes s’accumuler. Il sent comme un raté. Il compte y remédier avec des jouets sexuels. Mais l’artisan a une famille. Que diront les camarades d’école et leurs parents à ses enfants s’ils apprennent son métier ? Que diront les collègues de sa femme, infirmière en psychiatrie ?

Paul ose, mais reste dans l’ombre. Anonyme. Il n’oublie pas que son métier peut autant amuser que gêner. Et puis, il ne veut pas que le client mette un visage sur celui qui a créé l’objet de ses fantasmes, et de ses orgasmes. « Certains pourraient me trouver beau, comme d’autres repoussant », explique-t-il. « De toute manière, quand j’achète une brosse à dents, on ne me présente pas le visage de celui qui l’a conçue ! »

Idée du désir rapporte désormais. Paul a au moins quarante nouvelles idées, et son sexologue quarante autres. La prochaine pourrait être un jouet vibrant. Il gagne en assurance après de dures années. Son dernier réconfort ? Quand Timothé, son fils de 13 ans, est venu vers lui pour lui murmurer : « Je sais ce que tu fais Papa, et je suis fier de toi. »

@Clémentine Billé


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