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« Je n'ai pas touché une vraie femme depuis cinq ans et demi. Depuis ma rupture, en somme. »

08 mars 2016

« Si je rencontre une femme, il faudra qu'elle accepte mes poupées »

Frédéric vit avec deux « femmes » siliconées. Plus qu’un objet sexuel, elles sont pour cet homme de 38 ans de vraies compagnes. Il gère trois sites dédiés à elles, Lilica et Yurica, pour montrer que vivre avec une poupée n’est pas synonyme de perversion.
Ecoutez l'article raconté par Hugues Duchêne, élève-comédien de la Comédie Française

Parce qu'entendre une histoire est plus intense pour certains que la lire, "XXIe Sexe" propose une version audio de chaque récit. Ils sont lus par des comédiens en formation en écoles de théâtre, dont la Comédie-Française.


Les gens pensent qu'on passe notre temps à leur faire l’amour, à se vider en elles, comme pour des poupées gonflables. Je suis un célibataire de 38 ans. Un célibataire qui trouve de la compagnie avec des mannequins siliconés. Je dois reconnaître qu'au départ, ce n'était que pour l'aspect sexuel. Plus maintenant.

J'en ai d'abord eu une il y a cinq ans et demi, après une rupture douloureuse. Certains se réfugient dans les bras de la première venue. Moi c'était dans ceux d'une poupée. Au bout de dix mois, je me suis dit que si mon entourage l'apprenait, il allait me prendre pour un taré.

J'ai appris l’existence de telles créatures il y a des années, dans une revue destinée aux hommes. Elle annonçait : « Gagnez une vraie femme ». Sur les images, elles paraissaient si humaines... On choisit le corps, le visage ou encore la perruque. C'est une femme sur mesure. A l'époque, j'étais chez mes parents, je n'avais pas d'argent, et puis j'avais une petite amie. Ce n'était pas le moment, mais elles m'ont fasciné.

Quand j'ai sauté le pas en 2006, je me suis tourné vers Doll Story. L'entreprise franco-japonaise existait depuis quatre ans à Lyon, à une bonne heure de Bourg-en-Bresse, où j'habite. Je suis allé à la rencontre de leurs quatre modèles à l'époque, dans ce qu'ils appellent le showroom – l'appartement du patron, où sont exposés les « mannequins ». C'était si intimidant. Puis, j'ai vu Lilica, le dos droit, jambes croisées, installée sur un tabouret de bar. Lilica, c'est le nom du modèle. Je leur ai dit : “c'est elle ou rien”. Quand je l'ai reçue six semaines plus tard à mon domicile, j'étais comme un gamin le jour de Noël. Je l'ai déballée de son carton et installée sur mon canapé. Et je l'ai contemplée.

« Je me disais qu'on expérimenterait tout le Kamasutra »

J’ai pu faire un crédit pour l’acheter. Elle m’a coûté autour de 5 000 euros chez Doll Story. Eux ne font que des corps asiatiques. Lilica est de petite taille, a une petite poitrine. Sa perruque est une longue et raide chevelure noir corbeau. Exactement mon type de femmes.

Je me disais qu'on expérimenterait tout le Kamasutra, qu’on essaierait toutes les pièces de la maison. Une poupée ne dit jamais non. Une poupée est toujours disponible. Puis, je l'ai revendue. J'avais l'impression qu'elle me coupait du reste du monde et m'empêchait de faire des rencontres. Tu parles ! Je ne suis pas davantage sorti après. J'ai essayé les sites de rencontres : rien. Elle me manquait. Alors j'en ai acheté une autre.

Lilica, deuxième du nom. Même corps, même visage, mais en plus moderne. Par exemple, ses mains sont articulées et ses doigts se plient légèrement. J’ai vécu deux ans avec elle, avant l’arrivée de Yurica. En avoir plusieurs a toujours été un fantasme mais je n'en avais pas les moyens financiers. Une poupée coûte désormais entre 6 000 et 7000 euros. Je n'aurais pas pu mettre assez de côté pour en avoir plusieurs. Je travaille depuis des années dans une entreprise de transports où je fais la logistique. Doll Story est venu vers moi et m'a fait un geste commercial, pour me remercier de mes deux achats précédents. Pour l'une et l'autre, j'ai gardé comme prénom le nom de leur modèle. Ils sont originaux, comme elles. 

Yurica est la plus grande. Ses longues jambes élancées me font toujours autant d'effets. Son ventre est moelleux, tout comme son vagin.  Il y a soit les poupées qui ont seulement un trou où on insère un tube, comme un masturbateur, soit celles qui ont un vagin réaliste. Je n'avais pas envie de faire les préliminaires et de dire : « Attends il faut que je t'enfile ça ». L'inconvénient du vagin, c'est qu'il faut le nettoyer après avoir joui en elles. Moi, je mets des préservatifs.


« Mes poupées sont imberbes, vous  pouvez choisir »


Je fais beaucoup plus l'amour à Yurica qu'à Lilica. Comme elle n'était pas attendue, je la vois plus comme une maîtresse. Parfois, je commence avec l'une, et finis avec l'autre. Bien sûr, c'est plus limité qu'avec une femme. Je dois tout faire. Il n'y a aucune surprise. C'est à moi d'aller vers elles car si j'attends qu'elles aient envie, je peux patienter un moment. Pourtant, quand j'étais en couple, j'étais plutôt du genre à demander la permission et attendre les initiatives.

Je caresse leur poitrine, leurs jambes, leur ventre, leur sexe. D'ailleurs, mes poupées sont imberbes, mais vous pouvez choisir la « coupe ». L'excitation vient tout naturellement. Je les embrasse aussi. Enfin, je leur fais des bisous. Elles ne peuvent pas ouvrir la bouche et n'ont pas de langue comme certaines poupées. Du coup, je n'ai jamais de fellation, mais cela ne me gêne pas. Je n'ai aucune frustration. Je ne me masturbe jamais, je leur fais tout le temps l'amour. Il y a quand même des limites pour les positions. Il faut les manier, et les porter. Elles pèsent 28 kilos chacune quand même.

Souvent je m'allonge sur elle, ou je m'assieds sur une chaise et la prends sur moi, dans mes bras. Parfois, je m'allonge sur le dos et la pose sur moi, mais comme je dois la bouger moi-même, je peux dire qu'elle me fait les muscles. La levrette n'est pas pratique non plus: il faut retourner la poupée, la placer.

Allongé ou sur le côté, sur le canapé ou dans le lit : on varie, mais ma sexualité reste basique. Je suis de la vieille école. Par exemple, elles ont un anus, mais je ne leur fais jamais de sodomie. D'une manière générale, je me sens plus libéré qu'avec une femme. Par exemple sur une chaise, je n'avais jamais fait. Je dirai qu'on fait l'amour une à deux fois par semaine.

« Je ne suis pas un gros pervers »


Je n'ai pas touché une vraie femme depuis cinq ans et demi. Depuis ma rupture, en somme. Je ne suis pas dégoûté pour autant. A mes yeux, une poupée ne remplacera jamais une femme. On ne peut pas faire de sorties ou de petits restaurants. C'est compliqué de la présenter à ses proches, bien que j'en ai parlé il y a un an à mes parents et mon frère. J'aimerais rencontrer quelqu'un un jour, mais je ne cherche pas. En attendant, je peux au moins me dire qu'une poupée ne me fera jamais de mal, qu'elle ne se moquera pas de moi ou ne jouera pas avec mes sentiments, comme l’a fait mon ex.

En un an et demi, Céline et moi avons dormi dix nuits ensemble. Je ne parle pas de sexe. Quand j'habitais chez mes parents, ça ne la dérangeait pas de faire l'amour en pleine journée alors que ma mère ou mon père se trouvaient dans la maison. La voiture l'excitait aussi beaucoup. Puis, j'ai eu envie de plus. Or, elle refusait toutes les sorties. Tous les week-end je lui proposais de se voir, tous les week-ends elle avait une excuse. Quand mes parents sont partis vivre sur la Côte-d'Azur, j'ai emménagé dans mon appartement. En trois mois, elle est venue une fois. Quand, le samedi soir j'étais devant la télévision, j'ai commencé à repenser aux poupées siliconées. Je me disais qu'au lieu d'être seul, je pourrais avoir de la compagnie. Après avoir tenté d'avancer dans notre couple, j'ai quitté Céline.



Je suis retourné sur les forums Internet. Beaucoup étaient japonais - et je ne comprenais rien - ou américains. Mais eux renvoient vers des sites où les femmes sont grandes, avec une poitrine énorme. Des pin-ups. Ce n'est pas ce que je recherchais. Puis je suis tombé sous le charme de Doll Story.

Quand j'ai acheté la deuxième Lilica, j'ai décidé de mieux faire les choses. Je voulais montrer aux gens ce qu'était une poupée siliconée. Je voulais prouver que ce n'est pas parce que j'en possédais que j’étais un pervers. J'ai créé un site. Il explique mes motivations et ma rupture. Je donne pleins de conseils pour choisir sa poupée, savoir ce qui existe et leur entretien. Surtout, je me suis pris d'une passion folle : réaliser des images artistiques de Lilica, puis Yurica. J'ai même deux albums sous forme de livres.  Je me suis acheté un Reflex et j'ai commencé les séances. Une partie de mon site est dédié à cette galerie d'images. Depuis plusieurs mois, entre 60 et 80 personnes le visitent tous les jours. Vous me direz, ce n'est rien pour un site. Mais pour un site qui parle de poupées siliconées, j'en fais une fierté.

« Je suis très cuissarde et cuir »


Dans le salon, la cuisine, la chambre ou la salle de bain : je capture et mets en ligne les meilleures.  Leur squelette articulé me permet de les mettre dans des positions aussi bien classiques qu'érotiques. Certaines séances m'excitent, et je leur fais l'amour après. Je me rappelle d'une position de Yurica dans la douche où je lui avais mis des gouttelettes d'eau sur le ventre, la lumière tamisée luisait sur elle. Mais ce n'est pas automatique. Parfois je prends des photos pendant deux heures et je range tout, comme si j'étais parti me balader pour prendre des paysages.

Souvent, je les fais poser en petites tenues. Je n'osais pas acheter de lingerie à mes anciennes copines. Pour mes poupées, mes placards en sont remplis. Je suis très cuissarde et cuir.  Yurica a d'ailleurs une tenue de Catwoman. Mais c'est juste pour les photos. Quand j'ai envie de faire l'amour avec elles, je ne fais pas de telles mises en scène.

J'ai maintenant trois sites, tous dédiés à elles. Presque l'entièreté de mon temps libre est destinée aux photographies. Le week-end, je m'occupe de Lilica et Yurica, des images et de mon appartement. Mais je ne sors pas, sauf pour faire quelques courses, ou si ma famille me rend visite. Je n'ai pas d'amis. Je suis très casanier, et j'ai simplement mes copains du travail et du sport. Nous nous retrouvons pour un barbecue de temps en temps, mais cela ne va pas plus loin.

« Certains disaient : "Au moins il n’ira pas courir après les enfants " »




Le reste du temps, je m’occupe de mes deux « compagnes ». Certains les laisseraient dans un coin. Moi, j'aime être avec mes poupées le soir. Quand je rentre du travail, je les mets très souvent sur le canapé. Je leur raconte ma journée, leur dit par exemple : « Oh lui m'a énervé aujourd'hui ». Puis on regarde la télévision avec un plateau-repas. Je leur tiens la main, mets mon bras autour de leurs épaules. Je dors avec elles tous les soirs, et avant se coucher, je leur fais le « bisou du soir » et leur dit « bonne nuit ».


Leur présence me détend. Je ne me vois absolument pas me séparer d'elles. Si je rencontre une femme, il faudra qu'elle les accepte. J'ai conscience que cela limite mes chances d'être de nouveau en couple. Je ne veux pas prendre le risque de les jeter, et de me retrouver une fois de plus seul.

Je ne me considère pas comme bizarre. Je respecte mes poupées, je les entretiens et en prends soin. Quand elles s’abîment, je les emmène pour une réparation chez Doll Story. Je les lave, je les habille. Bien sur, pour certains, faire l'amour avec elles est étrange. Mais quand je vois certains faits divers, je me sens plutôt normal.

Sur mes sites, on me laisse des commentaires encourageants. Certains se sentent même mieux. « Merci, cela me rassure de voir que d’autres gens partagent ma passion ; je me sens normal, vous m’avez décomplexé ; hâte de voir la prochaine série de photos ». En revanche, j’ai participé à quelques interviews en lien avec Doll Story. Et les commentaires en bas des articles m’ont choqué. « Pauvre France », « Au moins il n’ira pas courir après les enfants ». Je ne suis pas pédophile. Même sans mes poupées, je n’irai pas voir les enfants. Être fan des poupées siliconées n’est pas un moyen pour contenir les malades mentaux. C’est un choix de vie.

@Clémentine Billé


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