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« Mon premier amant  m'avait proposé une levrette. Je lui ai dit     « hein, c'est quoi une levrette ? » J'avais 37 ans. »

04 mai 2016

 A 37 ans, j'ai assumé mes envies sexuelles »

18 ans de frustration, puis la libération. Il y a trois ans, Manganinnie, de son nom d’auteure amateure, a décidé de s’ouvrir à l’univers de la sensualité. D’un unique missionnaire par mois, elle est passée à de multiples amants, des ateliers sexos en tout genre ou encore des écrits érotiques. Sans compter la découverte des mondes libertin et sadomasochiste.
Ecoutez l'article raconté par Héloïse Goy, journaliste

Parce qu'entendre une histoire est plus intense pour certains que la lire, XXIe Sexe propose une version audio de chaque récit. Ils sont lus par des comédiens en formation en écoles de théâtre, dont la Comédie-Française.


Pendant 18 ans, mes rapports se résumaient à un missionnaire une fois par mois. Sept minutes top chrono, sans bisou, ni préliminaire. De préférence quand je dormais, puisque c'était le fantasme de mon mari. Il y a trois ans, j'ai dit stop. Ma part de sensualité ne pouvait plus attendre pour s'exprimer. Je me suis enfin affirmée en tant que femme avec des envies sexuelles.

J'ai commencé à prendre des amants, puis à m'intéresser de près aux questions de sexualité. Notamment à la place qu'elle prend dans la vie des femmes. Et d'opportunité en opportunité, j'ai posé nue, écrit des textes érotiques, et essayé le libertinage ou le BDSM.

Je ne suis plus amoureuse de mon compagnon. Pour moi, c'est un colocataire, avec qui j'élève nos trois enfants. Je l'ai rencontré quand j'avais 19 ans. Je n'avais eu qu'un seul petit ami avec qui j'ai fait l'amour avant lui. Je pensais que mon mari était normal, et que l'autre avait une sexualité extravagante. J'ai voulu plusieurs fois lui parler de cunnilingus, de fellation. Ou même de faire l'amour dans la voiture. Il explosait. Pour lui, je devenais perverse et monstrueuse en évoquant ces actes.

L'élément déclencheur a été une soirée avec des amies. Elles ont commencé à parler de leurs ébats. Je me suis rendue compte que je n'avais rien à raconter. Je ne connaissais pas la moitié des termes qu'elles employaient. Je savais tout de même ce qu'était un orgasme grâce à mes jouets sexuels, que j'achetais depuis une dizaine d'années. Au départ, mon mari n'était pas à l'aise. Mais il s'en arrangeait bien. Pendant 18 ans, je lui montrais que j'avais envie de lui deux fois par semaine. Quand j'ai eu mes sextoys, il pouvait me dire : « va jouer dans la chambre. »

« Hein, c'est quoi une levrette ? »

Je me suis inscrite sur les sites de rencontres. J'ai sauté le pas des amants quand j'ai su que je n'avais plus de sentiments pour cet homme. Jusque là, le cul était accessoire. J'étais avec un être que j'aimais, qui m'aimait, et nous voulions tous les deux des enfants. Depuis trois ans, je ne peux plus m'en contenter.

Pendant six mois, j'enchaînais. Je voulais le beau black, le beau métisse. Je m'amusais à faire tous les Doms-Toms. Un jour, je me suis rendue compte que je n'avais couché avec aucun Martiniquais. J'ai cherché sur Gleeden et Adopte un mec tous les hommes qui venaient du 972 jusqu'à en trouver un. J'ai baisé avec jusqu'à quatre hommes en une journée ! Plus que dans toute ma vie avant de commencer à tromper mon mari. 

Je me découvrais en tant que femme mais je ne me contrôlais plus. Et au final j'en souffrais. Moi qui étais si naïve au début... Par exemple, mon premier amant m'avait proposé une levrette. Je lui ai dit « hein, c'est quoi une levrette ? » Et je le vois éclater de rire. J'avais 37 ans. Quand on l'a fait, je me suis rendue compte que cette position me disait quelque chose. J'avais du l'expérimenter avec mon premier chéri. C'est comme quand on arrête l'espagnol pendant 18 ans. Quand on reprend, on rame au début.

Puis, un homme, qui avait compris mon petit manège, m'a remis à ma place. J'ai arrêté de collectionner les conquêtes. J'ai réfléchi. Je souhaitais savourer ces nuits et en garder une trace. J'ai commencé à écrire des textes érotiques, tirés de mes aventures nocturnes. Ma plume était agréable selon une amie. Mais lire autant de détails sur mes propres ébats la gênait. Elle m'a proposé de les poster sur les réseaux sociaux. Puis j'ai commencé à fréquenter les Ecrits Polisson, des ateliers tenus par Flore Cherry où un auteur, ou un photographe par exemple, vient nous parler de son travail sur la sensualité. Ensuite, on écrit un texte sur cette personne. J'y ai rencontré des personnes d'horizons tellement différents. Dont Adam.

Lui tient l'un des blogs sur la sexualité les plus populaires : Nouveaux Plaisirs. Je lui propose mes textes, pour enrichir son site. Quand il a découvert que j'avais co-créé le sextoy La Magicienne, avec Idée du désir, il a tout de suite compris que nous aurions de nombreux points communs, lui venant d'en créer un aussi. Depuis, non seulement il publie les écrits sur mes nuits, mais je réalise également pour lui des avis sur de nouveaux jouets sexuels ou autres ateliers.


© Olivier Parent

« Je me suis fabriquée un corps monstrueux, en pesant jusqu'à 103 kg »

Aux Ecrits Polisson, j’ai également rencontré Eddie qui a créé «  Le Bisou » sur smartphone. Il s'agit d'un jeu de rôles. Il y a un petit pitch, et si on accepte, la partie se lance. Par exemple, « bande-lui les yeux », puis « suce lui les seins ». Eddie a lancé un petit concours de scénarios. J'ai gagné.

L'image me taquinait aussi. J'ai approché un photographe amateur, Olivier Parent. Je voyais son travail sur les réseaux sociaux, et je lui ai proposé : « Je suis loin d'être top modèle, mais j'aime ton travail. Et si je posais pour toi ? » Je mesure 1,58 mètre et pèse 89 kg. Mais je sentais qu'il cherchait à mettre en valeur les femmes. Nous avons fait trois ou quatre shootings ensemble, sans compter ceux qu'on a improvisé. Je posais nue. En voyant les photographies, deux peintres m'ont contacté. Ils peignent à partir d'images et m'ont demandé s'ils pouvaient utiliser les miennes. L'un réalise des nus avec des couleurs criardes. Ce peut être juste une bouche, ou un sein. L'autre peint et demande au modèle d'écrire un texte sur son rapport à la sensualité. Je devais l'inscrire sur du papier de calligraphie, et le peintre l'incorpore au tableau.

Je suis fière de m'être réconciliée avec mon corps, par ma sensualité, et par l'art. J'ai eu pendant des années, face à moi, un homme qui se disait: « bon, on n'a pas fait l'amour depuis trois semaines, il va falloir qu'on le fasse bientôt sinon elle va faire la gueule. » Même quand Monsieur s'y met, on  sent qu'il n'a pas la moindre envie. Quand je l'ai rencontré, je pesais 47 kg, faisais 14 heures de danse par jour, de l'escrime et de la boxe française. Je voulais devenir professeure de danse. J'avais les cheveux longs jusqu'à mes fesses rebondies, pas de ventre, pas de poitrine.

Finalement, j'ai commencé à travailler, puis nous avons eu des enfants. Je ne suis pas professeure. Je suis assistante puéricultrice. J'ai grossi après la naissance des enfants. Je me suis persuadée que quelque chose clochait chez moi. Je me suis fabriquée un corps monstrueux, en pesant jusqu'à 103 kg. Mon mari avait enfin une raison de ne pas me désirer.

Avec mes amants, j'ai compris que je valais encore le coup. Même pas parfaitement épilée, même avec un jogging et des baskets, des hommes bandaient devant moi, puis jouissaient en moi. Là, j'ai compris : je fais du 46, mais je peux mettre de jolies robes, et des petites chaussures. Je me découvre, et touche du doigt toutes les sexualités qui existent.

« Je ne suis pas lesbienne parce que j'ai léché la poitrine d'une femme »

Le libertinage. Jamais je n'aurais pensé m'y essayer. Encore une fois, je me suis laissée porter par mes rencontres. Un amant m'a initié. Au départ, je me suis dit que j'allais juste regarder. En fait, je ne suis pas dans la catégorie des voyeurs, mais des « exhib ». En général, je préfère m'éloigner un peu, parler au mec avant de faire l'amour. Je ne suis pas du tout dans les trips « orgies » ou « gang bang ». Il m'est arrivé de faire l'amour avec plusieurs personnes, et de connaître une certaine sensualité avec les femmes. Un petit bisou dans le coup. J'ai déjà sucé des seins ou doigté une nana. Ces actes stimulaient les hommes autour de nous. Je n'avais pas de désirs pour elles. C'est ça la sexualité. Ne pas se mettre dans des cases, mais découvrir ses envies, et voir leur évolution au fil du temps. Je ne suis pas lesbienne parce que j'ai léché la poitrine d'une femme, comme je ne suis pas sadomasochiste parce que j'ai essayé le BDSM.

Souvent, je vais à ce genre de soirées afin d’écrire une critique pour un blog. Je suis tombée dans des lieux qui ne me correspondaient pas du tout. Les ventes esclaves par exemple. On te donne de faux billets et tu dois faire des alliances pour acheter les soumises, par terre à quatre pattes. L'une d'elles s'est mise à lécher les pieds de tout le monde. Quand elle s'est approchée des miens, j'ai bredouillé un « non non ça va merci ». J'ai juste porté les fouets dans l'histoire. Récemment encore, à une autre soirée, j'étais censée être du côté des dominants. Je discutais avec des amis quand un homme s'est approché de moi en me tendant une laisse à laquelle il était attaché. Il voulait que je la prenne. Je lui réponds d'un discret « non merci ». Mes amis, mi-amusés, mi-désespérés se sont exclamés: « mais tu es censé le dominer ! ».


© Olivier Parent


Je teste. Pour le moment, j'aime simplement le shibari. C'est de l'encordage artistique. J'allais à Place des cordes, l'un des hauts lieux avec Cris et Chuchotements pour admirer les performances sublimes. Puis j'ai voulu essayer. Avec un amant lui aussi novice. La catastrophe ! J'étais avec le manuel dans une main et les cordes dans l'autre. On en a ri, et j'ai laissé tomber l'idée des cordes. Depuis, j'ai de nouveau essayé, avec un habitué. Il faut avoir confiance en ton partenaire. Tu es à sa merci physiquement et psychologiquement. Je ne peux même pas d'écrire le bien qu'il m'a fait. J'ai plané pendant plusieurs dizaines de minutes après l'orgasme. Et le mot orgasme n'est même pas assez fort pour décrire ces sensations.

Aujourd'hui, je suis polyamoureuse. J'ai trois chéris, que j'aime pour différentes raisons. Ils se connaissent. Avant, jamais je n'aurais imaginé un autre schéma que la monogamie. Je suis épanouie sexuellement avec quelques autres amants qui me font découvrir toujours plus de plaisirs et pratiques. Et puis j'ai mon compagnon. Étrangement, ces trois dernières années nous ont rapprochés, en un sens. J'ai envie de partager davantage avec lui, comme des petites sorties, que ce soit tous les deux ou avec nos enfants. Je ne peux rien lui dire de ma vie parallèle. J'aurais tellement d'histoires à lui raconter.

En mai je vais expérimenter de nouveau. Pour le blog Piment Rose tenu par la sexologue Nathalie Giraud, je vais m'initier au tantrisme. Il s'agit de se faire du bien, d'entrer dans l'érotisme, avec la seule énergie du corps. Les plus entraînés réussissent à se provoquer un orgasme. Quand je regarde derrière moi, je sens que la femme frustrée, avec pour seule compagnie sensuelle ses sextoys, est très loin. Je me demande encore comment j'ai pu accepter. Comment j'ai pu m'en passer.

Clémentine Billé

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